Etant principalement un investisseur value, pour mon premier article, j’ai voulu donner une idée de la proportion que le Bitcoin occupe actuellement dans la masse monétaire et les actifs mondiaux, ainsi que de spéculer un peu sur la place qu’il pourrait prendre…

L’unité de base choisie pour cette mise en perspective est le milliard de dollars US (Md$), on trouve beaucoup plus facilement des chiffres en dollar et le monde vit encore à l’heure des monnaies papier. A l’heure où j’écris ces lignes, le market caps global de toutes les cryptos est de 220 Md$ avec une Bitcoin dominance de 66%.

Le grand classique en terme de comparaison est l’or, c’est une association inévitablement retrouvée dans beaucoup d’écrits au sujet du Bitcoin étant donné son manque de liquidité, son aspect de conservation de valeur, son indépendance du pouvoir étatique et l’impossibilité d’en émettre à la demande.

Plongeons-nous donc un peu dans les chiffres : d’après le World Gold Concil, la quantité mondiale d’or extraite est estimée à environ 190 000 tonnes, ce qui représente un cube d’un peu plus de 21 mètres d’arête (gold.org). La visualisation de ce cube contenant tout l’or du monde m’a quand même étonné, ça ne fait finalement pas beaucoup à l’échelle de la planète (qui, si elle était un cube ferait 9300km d’arête, bonne chance pour le replacer). Si je me réfère au prix actuel du kilo d’or en dollars (environ 48 000$ à l’heure où j’écris ces lignes), nous en arrivons à une valeur totale de tout l’or du monde d’environ 9120 Md$. Le Bitcoin lui en est actuellement à une capitalisation de 148 Md$, et il n’y a pas encore de produits dérivés liés au Bitcoin, tandis que l’or en possède de nombreux qui ont très probablement dilué sa valeur (bullions bonds, futures, obligations, actions minières, ETF, …). Avec son cours actuel à 8300$, et aucun produit dérivé encore existant (je sais ça arrive), le Bitcoin pourrait donc selon moi occuper une place vingt ou trente fois plus importante dans les années à venir. Cela représenterait la moitié de la valeur mondiale de l’or, et c’est sans tenir compte d’autres aspect du Bitcoin comme le paiement monétaire.

Venons-en aux produits dérivés sur l’or. Il y a plusieurs manières d’investir sur l’or quand on n’a pas envie d’aller se chercher un lingot et de le stocker dans son coffre. Ces produits dérivés ont pris une place de plus en plus importante dans la gestion de l’or, ce sont principalement les achats OTC, les futures et les options. En fonction des sources et des méthodes de calcul on peut trouver différentes estimations de la valeur totale de ces produits dérivés, on est toujours au moins à du 50:1 (càd que pour 1$ de vrai or physique, il y a 50$ de produits dérivés adossés « or » qui circulent), et les plus optimistes passent les 100:1 (66:1 sur goldbroker et environ 50:1 sur goldcore). Une illustration visuelle du ratio valeur de l’or et valeur de ses produits dérivés trouvée sur goldbroker :

Gold and derivatives

Souce: goldbroker

Revenons-en à nos petits calculs en prenant un ratio de 50$ de produits dérivés pour 1$ d’or (hypothèse la plus pessimiste), nous en sommes à 456 000 Md$ de valorisation avec les produits dérivés, je ne vais pas ici calculer ce que ça donne en Bitcoin, cela donnerait des prévisions encore plus folles que celles de Mc Affee. Attention aussi que dans ces produits dérivés, certains sont accessibles au commun des mortels, mais d’autres entrent clairement dans la catégorie du shadow banking ou dans les circuits parallèles comme celui entre les banques et les banques centrales. Il y a de plus les actions minières qui sont aussi un moyen pour beaucoup de possesseurs de comptes titres de jouer l’or, à l’heure actuelle, la capitalisation des 25 plus grosses entreprises minières est de 753Md$, ce sont des actions dont le cours est très directement lié à l’or, pour d’évidentes raisons. Et du point de vue des cryptomonnaies, à ma connaissance il n’y a encore aucun actif côté, à part les fabriquants de cartes graphiques, mais leur business n’est pas exclusivement lié au minage, le gaming est leur plus gros créneau.

Si vous voulez postuler qu’il n’y aura aucun ou peu de produits dérivés sur le Bitcoin, alors vous pouvez vous attendre à une capitalisation énorme où le Satoshi deviendrait l’unité de mesure de base et le Bitcoin une notion astronomique, mais personnellement je pense que les produits dérivés ont des formes tellement variables et diverses que la dilution sera inévitable si le Bitcoin atteint des proportions significatives dans le volume des actifs mondiaux.

Ce n’est pas mon analogie préférée, mais comparons-le maintenant aux devises, la masse monétaire mondiale est de 95 690 Md$, toutes devises confondues (il s’agit de la masse M2, dont environ 8% est réellement physique, mais je ne rentre pas dans les détails ici). Pour citer les réserves monétaires de quelques grands acteurs pour vous donner une idée : USA 14 000 Md$, Chine 25 000 Md$, Europe 9000 Md$, France 2300 Md$ et Russie 680 Md$. Le Bitcoin avec ses 148 Md$ de capitalisation se situe entre le Pakistan et la Grèce, on est encore loin du niveau des premiers de classe. Mais ici, un « fois 10 » nous amènerais à la 17ème place mondiale, au niveau de la Suisse, cela me parait déjà personnellement beaucoup, et d’autant plus que le droit de battre monnaie est quelque chose que les états défendront bec et ongles.

Une autre comparaison qui fait sens selon moi est celle du marché du logiciel libre / Linux. L’analogie est selon moi assez sensée du fait que l’énorme production de contenu sur une base volontaire, de la grande qualité du produit final, et de l’indépendance par rapport à l’une ou l’autre firme. Mais c’est un aspect sur lequel je ne suis pas arrivé à trouver de chiffres globaux, il n’y a pas à proprement parler de coût, et certaines entreprises liées existent, mais elles développement des produits annexes, pas le coeur du système, le kernel Linux. Pour fournir quelques chiffres de sociétés qui vivent du logiciel libre sans en avoir développé le noyaux : Red Hat (32 Md$), Mulesoft (6.5Md$) et MongoDB (4Md$).

Le dernier mode d’estimation est selon une logique d’utilisation de réseau, d’après le principe de la loi de Metcalf. En deux mots, on estime la valeur d’un réseau par rapport au nombre de noeuds et d’utilisations qui en sont faites. C’est un mode d’estimation qui semble bien se prêter à l’industrie du high-tech, vu l’aspect de plus en plus réseau de beaucoup de logiciels, et qui pour l’instant colle bien au cours du Bitcoin. La loi de Metcalf a eu plusieurs variantes, dont la loi d’Odlyzko, qui est basée sur le même principe mais avec un calcul différent. Et on s’aperçoit que jusqu’ici la loi de Metcalf permet de renseigner sur une survalorisation ou une sous-valorisation, le calcul initial de Metcalf bornant supérieurement et le calcul d’Odlyzko le borne inférieurement, comme le montre le graphe ci-dessous (extrait de Medium):

Metcalf-Odzyklo

Passons à la partie spéculative, le métrique employé pour faire le calcul de la valeur selon Metcalf et Odzykdo est le nombre d’adresses Bitcoin actives (au total, pas journalièrement comme le nom le laisse suggérer, la DAA – Daily Active Adresse). Ceci par analogie à l’estimation qui est faite, en terme d’utilisateurs jounaliers (DAU), pour estimer la valeur d’un réseau social par exemple. J’ai produit le petit graphe suivant via coinmetric :

Lien adresse active - prix

Le trait rouge indique la moyenne mobile à 30 jours du nombre d’adresses actives, la zone rouge le prix du bitcoin, et le tout est en échelle logarithmique. On a donc la confirmation d’un lien assez étroit en terme de lien prix – adresses actives. On a passé le million d’adresses actives lors du pic de 2017, c’est sur ce point qu’il est intéressant de spéculer je pense : imaginer 10 millions d’adresses actives ne parait dès lors pas exceptionnel, voir même peut-être 100 millions, si on part du principe qu’on peut facilement en créer plusieurs. Attention aussi que l’augmentation n’est pas linéaire : un « fois deux » du nombre d’adresses n’est pas un « fois deux » du prix, je dirais qu’on est plutôt sur un « fois quatre » du nombre d’adresses pour un « fois deux » du prix environ. Attention que le lightning network pourrait fausser le métrique dans les années à venir.

En conclusion, pour donner mon avis personnel, il me semble que la comparaison avec l’or est celle qui fait le plus sens, et dans ce contexte je dirais qu’un fois 25 à long terme me parait plausible, un Bitcoin à 250 000 USD donc. Ce chiffre matche aussi avec l’utilisation du réseau, si on arrive dans les 50 millions d’adresses actives (ce qui donnerait aussi un fois 25).

By Rhydd

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