Alors ici on n’est pas dans le bon vieux cliché de la concentration des pools de mineurs pour les monnaies basées sur la preuve de travail. Non, ce dont je voudrais parler ici c’est qu’à mon sens, une blockchain n’a rien à voir avec la décentralisation, c’est autre chose …

Commençons par une évidence : la blockchain c’est une chaîne de blocs, chaque bloc contient des données et fait référence à un autre bloc, c’est juste un moyen de stockage d’informations selon une structure en arbre. On peut citer d’autres moyens de stockage d’informations comme une base de données (Oracle par exemple) ou un fichier Excel (oui ça ne serait pas très performant mais c’est possible).

Revenons-en donc à une blockchain, décentralisée vous allez me dire! Je vais prendre un exemple de structure d’application bancaire :

Blockchain centralisée

Ici le programme bancaire est appelé par les différents agents qui font des transactions, consultent leur solde, … Lorsque le programme bancaire estime une transaction valide, il la consigne sur une blockchain qui n’est présente que sur un serveur de la banque. On voit donc que c’est complètement possible de faire une blockchain centralisée, ce n’est pas la blockchain qui fait la décentralisation (on y reviendra).

Je prends ici deux autres exemples de systèmes centralisés :

Systèmes centraux autres exemples

A gauche vous avez le système informatique « classique » des dernières années avec une base de données qui stocke les données des transactions et un programme intermédiaire. On est sur le même principe que le système avec blockchain centrale, c’est juste le « support sur lequel on écrit qui change ». Et à droite on le fait avec un fichier excel pour la déconne (mais cela fonctionnerait hein).

Je reviens maintenant au noeud du problème : qu’est-ce qui est décentralisé alors? Et pour illustrer, je me permet de reprendre le fonctionnement global d’une blockchain, chacune a ses spécificités, mais je pense que ça colle de décrire globalement les acteurs d’une blockchain à haut niveau :

  • Utilisateurs finaux : les clients de l’application, ceux qui initient une demande d’écriture sur la blockchain via une demande de transaction (monétaire ou autre).
  • Le registrier : Oui c’est un mot que j’ai inventé, pour toi lecteur 😉 Je voulais reprendre ici un terme pour l’acteur qui tient le registre  (le ledger en anglais), c’est-à-dire l’ensemble des transactions qui ont été accomplies jusqu’ici. Attention que le registrier n’a pas le droit d’écrire dans le registre, il en consigne simplement une copie chez lui, et il la maintient à jour avec les futures transactions qu’il recevra (les nouveaux blocs dans le cas d’un support blockchain).
  • Le mineur : le mineur est l’acteur qui a le droit d’écrire de nouvelles transactions dans le registre. L’accès à la profession est toujours soumis à une forme ou l’autre de condition : soit le nombre de mineurs est restreint, soit il faut posséder un certain nombre de token immobilisés, soit être un des mineurs élu, …

Repartons maintenant dans un système à une blockchain et un mineur :

Acteur blockchain seuls

Dans ce système (partie gauche), on a donc des acteurs qui préviennent un mineur des transactions qu’ils veulent faire, le mineur place celles-ci dans un bloc, et prévient ensuite le registrier qu’un nouveau bloc existe. On est toujours sur une blockchain complètement centralisée, qui ressemble exactement à la partie de droite, à l’exception du mode de stockage de l’information. Mais là je suppose que vous commencez à me voir venir…

La grande force de la « blockchain » (au sens large hein), c’est au niveau de la sauvegarde du registre, il y a énormément de registriers, qui créent autant de copies du registre, et qui rendent celui-ci très difficilement falsifiable. Pour moi la grande idée, c’est la décentralisation du registre, c’est tout le mécanisme de propagation du registre et de vérification de l’intégrité de celui-ci qui cartonne, et l’idée de le rendre public pour que tout un chacun puisse aller mettre son nez dedans. En vrai donc, ça ressemble plus à celà :

Blockchain full

Plusieurs mineurs et plusieurs registriers, au plus il y en a au mieux c’est! Toute la force réside dans la communication entre les acteurs (le protocole), et non dans le support d’écriture des transactions. La technologie blockchain apporte quelques avantages techniques à la décentralisation, mais vous pourriez développer un bitcoin avec un fichier Excel au lieu d’une blockchain, où chaque ligne du fichier contiendrait une transaction et serait l’équivalent d’un bloc (avec des perfs encore plus dégueux, on est d’accord).

Voilà, j’espère vous avoir convaincu que l’on parle d’un tout quand on parle de crypto monnaie au sens large. Et que la blockchain en tant que tel n’est qu’une des briques de ce tout.

 

By Rhydd

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